Book :: Nos coups de cœur littéraires du mois Mai ::

Demain j’aurai 20 ans” Alain Mabanckou (Congo)

51laQ3bIfiL._AC_UL480_SR291,480_

Nombreux sont ceux qui m’ont conseillés cet ouvrage, sûrement l’un des meilleurs d’Alain Mabanckou. Mais comme je ne fais rien comme tout le monde, j’ai lu entre temps « Mémoires de porc-épic », « Petit piment« , « Tais-toi et meurs » et je ne m’attaque maintenant au fameux « Demain j’aurai 20 ans ». Le narrateur est Michel, un petit bout d’homme frêle et amoureux de la jolie Caroline, sa voisine. Malgré son jeune âge il lui porte une affection profonde et semble avoir des projets de vie déjà tracés (ils auront une voiture rouge cinq places, deux enfants et un chien blanc). Mabanckou nous décrit le monde à travers le regard innocent de ce garçon de 10 ans à qui il arrive mille et unes histoires aussi drôles que touchantes. Récit jalonné de faits historiques (le Cha d’Iran, le président Ougandais Idi Amin Dada), tout ceci, raconté avec finesse, beaucoup d’humour et de subtilité comme d’habitude. Le roman est en fait, une chronique familiale avec des personnages hauts en couleurs.Il parle de la vie d’un quartier (la rue de l’indépendance …), de la hiérarchie sociale, de l’apprentissage, de la vision de l’occident, sans oublier les clins d’œil récurrents à la littérature et culture française (George Brassens, l’homme à la moustache, le petit prince etc). Difficile d’y être insensible, encore une fois, Alain Mabanckou nous plonge dans un univers rempli de malice, avec humour et bienveillance, sans oublier cette immersion dans les sentiments amoureux de Michel, la douceur et la tendresse qui nous reste comme un arrière-gout en fin de lecture… 

Notre raison nous questionne bien entendu: cette histoire est-elle réelle? Ou une pure invention? L’insouciance de Michel ( sentiment qui nous échappe arrivé à l’âge adulte, tant nos sociétés et notre environnement quotidien nous force au réalisme, à coup d’images chocs) me rend nostalgique, le monde a toujours l’air tellement plus drôle et intéressant quand on est enfant… Bref,si un jour je rencontre Mr Mabanckou, peut-être oserais-je lui poser toutes mes questions car hasard ou non je retrouve un certain Mr Piment P.330 ( ça m’a fait sourire ) . Ayant lu « Petit Piment » juste avant j’ai pu encore mieux me délecter de chaque ligne de l’intrigue finale!

Et voilà, ça recommence, j’en ai trop dit! Alors je m’arrête ici car j’ai deux autres ouvrages à vous présenter.

« Anthologie de poésie haïtienne contemporaine » dirigé par James Noël (Haïti)

73 poèmes! On y retrouve des auteurs connus comme Danny LaferrièreLouis-Philippe Dalembert, René Depestre et bien d’autres. J’ai aimé lire en diagonale, sans respecter l’ordre, passer d’un poème engagé à un autre plus bohème, parfois, souvent même relire car il s’agit de poésie. Incapable de vous en faire le récit, alors je vous propose plutôt mon top 3 des poèmes qui m’ont touché … .

thIA42X7WE

« Derrière ce voile de buées » Josaphat-Robert Large

Derrière ce voile de buées

Se camoufle ce que hier

Tu cherchais absolument

Elle est à l’Est

La vision arrondie de l’idée

Sache en descendant sa pente qu’

Il est utopique d’admirer des lueurs

Et apprends en même temps à découvrir 

La dure esquille de l’improbable

C’est qu’elle es vraiment belle la pensée 

Recourbée sur sa fleur

****

« Dantor-femme-terre » Kettly  Mars

Cette femme 

Belle

Noire

Son parfum dans mon ventre

Me poignarde doucement

Elle me tue

D’une mort qui donne vie 

Toujours plus de vie

***

« Silence » André Fouad

J’ai retrouvé des cicatrices 

Sur le corps des soleils endimanchés

J’ai retrouvé des cicatrices

Sur le corps de l’humanité dénudée, éclatée

Les enfants de mon pays

Ne dansent plus le yanvalou au chant du coq

Silence

Silence

Mon coeur se brise

Dans l’inconfort des iles caribéennes

Nous sommes tous des féministes” Chimamanda Ngozie Adichie (Nigeria)

51KneBhDajL__SX302_BO1,204,203,200_

J’ai beaucoup ri! Cette femme est impressionnante! Avec ce petit ouvrage  de 87 pages (*le texte est une version modifiée de son intervention au TEDxEuston en décembre 2012). Elle a dépoussiéré en un claquement de doigt cette thématique si lourde et remplie de préjugés. Nous ne sommes pas à l’aise avec cette question du féminisme. Et je m’inclue largement dans cette généralité.

« La culture ne crée pas les gens. Les gens créent la culture. S’il est vrai que notre culture ne reconnaît pas l’humanité pleine et entière des femmes, nous pouvons et devons l’y introduire… . »

Elle prend tout le monde à contre à pied, car elle aborde la question du féminisme, d’abord en expliquant son parcours et au travers de scènes de vies notamment au Nigeria, ce qui prête à sourire mais qui très vite plante le décor. Et là, d’un coup on réalise qu’elle a raison : « Nous sommes tous féministes« .

« J’ai donc décidé d’être désormais une Féministe Africaine Heureuse qui ne déteste pas les hommes, qui aime mettre du brillant à lèvres et des talons hauts pour son  plaisir, non pour séduire les hommes »

Je vous en avais déjà parlé lors d’un article sur « Hibiscus pourpre » un chef d’œuvre qui éclabousse au passage et met en lumière les stéréotypes du genre.

Ce qui me donne un prétexte idéal pour aborder la question du féminisme ou, du moins vous exposer ma réflexion, aussi fragile soit-elle . …

J’ai commencé à écrire sans vraiment savoir l’orientation que je donnerais à cet article. Et puis j’ai subi un bombardement médiatique depuis quelques semaines, Rihanna, puis Beyoncé des icônes visiblement incontestées et incontestables de la communauté noire. Mais pour qui? Je ne me retrouve pas du tout dans l’image et les messages qu’elles véhiculent entre deux body sexy, bas résilles et bottes à talons. Oulaaaa! J’ai osé le dire: qu’on arrête de me parler de ces femmes que je respecte, certes, malgré l’absence et le manque de profondeur de leur discours. Il en faut pour tous les goûts, fort heureusement! Qui a osé traduire leur textes? Oups! Autre pavé, j’ai l’impression qu’il vaut mieux que je ferme cette parenthèse n’est-ce pas?

Je vous rassure mon état émotionnel est très stable et je ne suis pas « d’aigrie ». Ce sont deux beautés de seconde zone! A ce stade, inutile de souligner que ces propos n’engagent que moi 😉!

Revenons à ma thématique j’ai été distraite et je m’en excuse … .

Le féminisme on en parle?

Difficile d’occulter ce terme, parfois banalisé mais souvent plébiscité dans les médias de tous bords. Aux Antilles, la femme est souvent décrite comme étant le Potomitan (*littéralement la poutre, la pièce maitresse de la familiale). Certains sociologues parleront plutôt de matrifocalité, un modèle de structure familiale. Dans d’autres civilisations ou cultures on parlera davantage de matriarcat (situation familiale ou sociale dans laquelle l’autorité de la femme est prépondérante).

Combien de fois avons-nous entendu des personnalités publiques s’en prendre ou s’associer au mouvement féministe? Par empathie ? Par conviction? Ou que sais-je toutes les combinaisons semblent possibles. …

Ce terme « Féminisme » ne m’est pas inconnu. Quand j’ai démarré mon cursus universitaire en Sociologie/Ethnologie, j’ai souvent rencontré des étudiantes affirmant clairement leur position. Dans cette émulsion ambiante, j’ai naturellement pensé être une féministe, étant une femme, ancrée dans un mode sociétal et pleinement consciente des enjeux . Mais il semble qu’on ne naît pas féministe, voir même qu’on se doit de l’être.

fc3a9minisme-1

Cependant le féminisme est un terme trop souvent galvaudé, abstrait, un gentil fourre-tout dans lequel chacun y mettrait ce qui lui permet de s’en approprier. Rendons-lui ces conquêtes; ce mouvement social à permis d’identifier les inégalités de sexe, de genre, sous toutes formes. La revendication prenant des formes différentes suivant les courants de pensées et l’époque. Mais, le féminisme tel que je le conçois, sa base idéologique et sociologique permet d’aller plus loin dans le raisonnement, voir même d’apporter des pistes de recherches, d’explorations pouvant déboucher sur des passerelles à défaut de pouvoir tout solutionner en un claquement de doigt.

Mon identité créole, africaine est ancrée dans la diversité des relations et est le fruit d’interaction sociales intégrées. Si vous avez survécu à la lire jusque-là, je vous rassure je n’ai pas l’intention de vous faire un cours de sociologie du genre, de lutte des classes et encore moins un plébiscite pro-féministe. Néanmoins, cette thématique m’interpelle et certainement vous aussi.

Dans mon emballement, j’ai quand même occulté l’essentiel, une piqûre de rappel, quelques définitions s’imposent, de façon à s’assurer du sens des mots et les courants idéologiques en jeu.

Quelques définitions utiles

Féminisme : Mouvement social qui a pour objet l’émancipation de la femme, l’extension de ses droits en vue d’égaliser son statut avec celui de l’homme, en particulier dans le domaine juridique, politique, économique. « Le féminisme, pour parler simplement, est un mouvement politique et intellectuel international pour confronter la subordination de femmes. Il a de nombreuses racines et trajectoires, dont certaines sont indiscutablement transnationales, en ce sens qu’elles révèlent les rapports entre les manifestations locales et mondiales de la subordination actuelle » (*Fatou Sow Sociologue sénégalaise)

Le Genre (au sens sociologique) : permet de résumer ce qu’est le sexe social en un seul mot tout en écartant du vocabulaire le terme sexe et sa référence au biologique.

Matriarcat: construction intellectuelle développée par les évolutionnistes puis par les féministes, qui met en évidence le discours naturaliste de deux groupes et ses effets sur la conceptualisation des rapports de sexe.

 Je ne partage pas forcément l’utilisation qui est faite de ce concept de « matriarcat » un brin réducteur et trop facilement utilisé à toutes les sauces pour justifier des argumentaires manquants de consistance. J’ai osé développer cet aspect dans mon mémoire ce qui m’avait valu à l’époque les réprimandes de ma tutrice. Vaste sujet qui méritrait certainement d’être approfondi. (Soupirs)

Socialisation: Processus jamais fini d’incorporation du social par les êtres humains.(* Jean Piaget Psychologue)

Suis-je une féministe ? Une activiste ?

Force est de contacter que si la place de la femme à évoluée sur plusieurs générations le chemin à parcourir est encore bien long. Et là c’est plutôt la RH qui prend le dessus, en France, il est encore difficile d’envisager une femme à des foncions élevées avec des salaires similaires à la gent masculine à compétence égale bien évidement.

Certains stéréotypes ont la vie dure, voire son complètement assimilés. Néanmoins, « Nous » constituons cette société et dans notre diversité et pluralité, rien n’est immuable ou complètement figé, reste à savoir les moyens dont nous disposons pour renverser cet ordre établi.

Alors le changement c’est pour quand? Maintenant?

Certaines femmes de part leurs parcours et engagements m’inspirent, la liste n’est pas exhaustive mais vous ne trouverez bien évidemment aucune référence à Rihanna sans vouloir la citer je ferme à nouveau la parenthèse on y mettant des crochets cette fois-ci 🙂 .

Qu’en est-il du féminisme en Afrique?

La complexité du féminisme africain réside dans le fait qu’il y a pas « un schéma de la femme », cœur de la famille, femme au foyer, s’occupant des enfants et qui n’a pas les mêmes droits civiques que ceux de l’homme. Dans beaucoup de pays africains, le féminisme est vu comme un danger par les hommes et de nombreuses femmes ont souvent peur de prendre position pour affirmer leurs droits dans un pays politiquement dominé par les hommes.

« On pourrait discuter à l’infini du matriarcat et du patriarcat  et de leur impact sur les Africaines. Je qualifierai le matriarcat plutôt de matrilignage qui a donné aux sexes des positions différentes dans la société et a façonné la dynamique de leurs rapports de pouvoir. Le patriarcat, dont les formes varient, structure profondément les sociétés contemporaines et influe sur la vie des femmes ». (Fatou Sow)

J’imagine dejà certaines réactions et le féminisme aux Antilles? Et aux États-unis? Une seule réponse… . Google it! il fallait bien un brin d’humour alors j’ai saisi l’occasion!

Plus sérieusement, il faut bien conclure. ..

Surement, rêveuse, un brin utopiste, j’aime à penser que rien n’est figé, immuable. Il est possible de fuir les conventions sociales et les mouvements d’émancipations des femmes l’ont démontré. Il revient à chacun de choisir ses modèles, mais j’ose espérer que le panel proposé ne se résume pas à des archétypes de féminité érigés en modèle où la confusion règne entre l’aspect physique, plastique et le discours universel. Voir au-delà oui tout au moins, essayer. Toute société a besoin de figures emblématiques, charismatiques oui mais la forme, le contenu du discours importe aussi, tout au moins c’est mon exigence.

« Il y a des choses sur lesquelles la conscience n’a que peu de prise parce qu’elle se situe au niveau des dispositions corporelles …. » Pierre Bourdieu

Sentez-vous libre de partager vos impressions avec nous . …

Article:   Tyitelle

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s